08 novembre 2007
Immigration: Hortefeux continue de préparer la rupture promise
PARIS - A la tête du nouveau ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale depuis six mois, Brice Hortefeux a pour l'instant essentiellement inscrit ses pas dans la continuité du durcissement impulsé par Nicolas Sarkozy contre l'immigration "subie", tout en préparant, pour les prochains mois, la rupture annoncée en faveur de l'immigration "choisie".
Les premières grandes décisions politiques en matière d'immigration traduisent en effet des souhaits exprimés de longue date par Nicolas Sarkozy, qu'il n'avait pu exaucer quand il était ministre, comme la création d'un ministère unique chargé de l'immigration.
C'est aussi le cas de la loi de maîtrise de l'immigration adoptée le 23 octobre, largement écrite avant l'élection présidentielle et qui complète en grande partie les lois Sarkozy de 2003 et 2006, deux textes qui avaient déjà durci l'accès au regroupement familial.
Quant aux objectifs chiffrés ambitieux fixés aux forces de l'ordre en matière d'expulsions, Brice Hortefeux les a confirmés. Aux 25.000 reconduites promises pour 2007 par Nicolas Sarkozy, il prévoit d'ajouter 26.000 expulsions en 2008 et 28.000 en 2010. Alors que le ministre avait reconnu fin août que les expulsions étaient "légèrement en dessous" des attentes, les résultats que le ministre devrait annoncer jeudi matin "seront positifs", assure le député UMP Thierry Mariani.
"Il n'y a pas réellement de rupture", résume Jérôme Martinez, délégué régional de l'association Cimade en Ile-de-France, "c'est un peu la continuation de la politique précédente". "On est toujours dans la même logique politiquement condamnable de rejet des plus précaires", dénonce Faouzi Lamdaoui, secrétaire national du PS chargé de ces questions.
"L'immigration, ce sont des mouvements longs, des problèmes qu'on ne peut pas résoudre en dix mois", rétorque M. Mariani. Pour lui, "il y a enfin un pilote dans l'avion, une direction a été donnée et l'avion est en train d'accéler". Après de longs mois consacrés en grande partie à assurer son autorité sur les administrations très différentes désormais placées sous son autorité, Brice Hortefeux semble en effet prêt à mettre en musique la rupture annoncée.
La principale traduction devrait être une nouvelle loi organisant l'immigration "choisie" avec la création de "plafonds chiffrés" encadrant la venue des étrangers en fonction des différentes "grandes régions d'origine" et limitant l'immigration familiale au profit de l'immigration de travail.
Brice Hortefeux devrait aussi lancer la nouvelle carte de séjour "compétence et talents", destinée aux migrants qualifiés, après plusieurs mois de retard. Le ministre a aussi annoncé aux députés réfléchir sur la création d'une juridiction unique spécialisée au lieu des différents juges qui ont actuellement à statuer sur le sort des étrangers.
Surtout, il saisira l'occasion de la présidence française de l'Union européenne au second semestre 2008 pour négocier l'adoption d'un "pacte européen de l'immigration" qui portera notamment sur le refus des régularisations collectives.
"Ces lois, c'est une mauvaise nouvelle pour le pays", dénonce Faouzi Lamdaoui, pour qui le gouvernement se sert de l'immigration "comme d'un paratonnerre politique, pour ne pas parler des problèmes de société et en négligeant l'intégration".
Ces derniers mois, les critiques politiques sont pourtant restées timides, souvent focalisées sur des aspects particuliers comme l'augmentation des expulsions, les statistiques ethniques autorisées par la loi Hortefeux ou encore l'intitulé du ministère. Seule l'opposition à l'amendement Mariani -qui instaure la possibilité d'un test ADN pour accélérer les procédures de regroupement familial- a donné lieu à un recul, relatif, du gouvernement. Mais "l'opposition reste très morcelée", juge Jérôme Martinez. AP
Commentaires
Aïh ...
Bonjour,
me balladant sur d'autres blogs, je vois que certains élus commencent à se mobiliser. Pour preuve ce billet issu du blog de Jean-Michel Daclin (www.carnets-lyonnais.fr): "la France qu'on assassine" que je me permets de coller à ce débat tant il m'a lui aussi touché :
Réunion informelle des élus locaux francophones lors du conseil mondial des pouvoirs locaux à Jéju. Assemblée principalement composée d'africains, de canadiens, de français et de suisses. C'est là qu'on apprend, attérés, que le visa de transit a été refusé à plusieurs dizaines de maires de l'Afrique de l'ouest. Maires maliens, togolais, ivoiriens ou burkinabés, on ne leur a même pas permis de passer par un aéroport français pour se rendre en Corée.
Il ne s'agissait pas de pénétrer sur le territoire mais bien seulement de passer d'un avion à un autre en transitant par les superbes couloirs de Roissy-Charles de Gaulle... Conséquence, ils ont été obligés de passer par Genève, Zurich, Francfort ou Londres pour le plus grand bien de Lufthansa ou British Airways.Quelle honte! Quelle imbécilité crasse!
Il y a bien sûr des conséquences pratiques, concrètes, immédiates qui plombent plus encore notre passif sur un continent qui attire, de l'Amérique à la Chine, beaucoup de monde. Quand on sait que les auteurs de ces stupidités sont censés défendre les intérêts de la France...
Mais le plus grave est que c'est un coup de canif supplémentaire à la culture et à l'essence même de notre pays. Ne pas comprendre que notre tradition d'hospitalité est le ciment de notre fond de commerce dans le monde c'est être un incapable. Application bête et stupide d'un Sarkosysme dominant, d'une sorte de complexe de supériorité. Comme s'il y avait encore des gens pour croire que nous avons inventé la liberté et les droits de l'homme...
Finalement c'est la même chose, en inversé, que l'Arche de Zoé. Nous sommes malade de dédain. Suicidaire!
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=344977&pid=6813833
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

